Il témoigne: Christian, 60 ans
« Mes deux donneurs m’ont donné le plus beau cadeau qui soit : celui de connaître le visage de mon petit fils et de ma petite fille, celui de 10 années de vie gagnées sur la mort… »
Je venais d’avoir 25 ans. Je connaissais à peine celle qui n’était pas encore ma fiancée mais qui deviendrait, malgré toutes les difficultés, ma femme et la mère de mes enfants.
Une température qui passe sans cesse de 35 à 40°, l’hospitalisation, les tests diagnostiques : c’est une hépatite aiguë ! Et je suis accueilli, jaune comme un citron, comme cinquième patient dans une chambre de quatre.
Commence alors une longue période d’hospitalisation au cours de laquelle je découvre certes la solidarité fabuleuse qui existe entre les personnes malades mais aussi je suis infecté par le virus de l’hépatite B, au cours d’une transfusion de sang.
Dans mon cas, le foie s’est progressivement « cirrhosé » et j’ai mené une vie quasi normale, jalonnée par de nombreux traitements, durant 25 ans.
Mais en février 2000, quasi 25 ans jour pour jour après mon premier gros problème, lors d’une visite de contrôle, je dis à l’infirmière qui m’accueille mon envie constante de dormir. J’ignorais que, dans le même temps, ma femme courait les couloirs de l’UCL pour prévenir le médecin que je n’allais pas bien du tout. Et me voilà embarqué dans une aventure qui allait me conduire aux portes de la mort et dont je sortirais vivant in extremis grâce à deux gestes merveilleux : celui d’une personne qui me restera à jamais inconnue, mon donneur ou ma donneuse et celui du chirurgien qui a accepté de prendre le risque médical que d’autres refusaient de prendre : celui de me greffer un nouveau foie .La greffe n’a pas été simple, la suite non plus : 17 heures d’opération, 4 mois d’hospitalisation dont un en soins intensifs, des complications telles que pneumonie et septicémie qui m’ont amené à perdre les reins …et la prise de conscience de la nécessité d’une nouvelle transplantation, d’un rein cette fois, qui, pourrait enfin me faire sentir les effets bénéfiques de la greffe hépatique…Après un an et demi de dialyse hospitalière, un deuxième donneur m’a à nouveau sauvé la vie.
Aujourd’hui, après ces deux trnasplantations, je vis à nouveau une vie pleine et épanouie. J’ai pu recommencer mon travail à temps plein puis j’ai décidé de prendre, comme la loi me le permettait, une mise en disponibilité précédant la pension de retraite.
Quand je repense à tout ce que j’ai vécu, j’aimerais souligner ce qui m’a permis de vivre et même de survivre dans les moments les plus durs… Comment ne pas dire un infini MERCI à tant et tant de personnes ? Merci d’abord bien sûr à mes deux donneurs sans qui je ne je ne serais plus sur terre aujourd’hui et de qui j’ai déjà reçu près de 10 années de belle vie gagnées sur la mort.
Merci ensuite à tous ceux qui m’ont accompagné depuis le premier jour de ma première maladie et qui ont vécu, très certainement, plus difficilement encore que moi, mes nombreuses hospitalisations … Famille, amis…
Merci encore à tout le personnel médical , des médecins et infirmières aux brancardiers et femmes de ménage. Merci à tous ceux qui mettent de la bonne humeur, voire de la joie dans un milieu qui en a tant besoin.
Merci au monde politique national qui a légiféré pour favoriser le don d’organes et qui lance réguliè
rement des campagnes de sensibilisation à celui-ci. Mes deux donneurs m’ont donné un des plus beaux cadeaux qui soient : celui de connaître le visage de mon petit-fils et de ma petite-fille. Mais mon témoignage n’est pas isolé. Mon cas n’est pas unique. Combien de sourires ne sont-ils pas revenus dans les familles grâce à ces dons ?
Comment me direz-vous, dans ces circonstances, ainsi entouré et sauvé, ne pas avoir une fringale de vie ?
Même si la maladie n’est jamais enviable ni à rechercher, elle peut être une occasion de découvrir les liens qui nous rattachent aux autres et d’en aimer encore bien davantage la vie… |